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Les triggers : quand le corps se rappelle

  • Photo du rédacteur: Lune
    Lune
  • 7 févr.
  • 3 min de lecture

Les mots peuvent parfois faire aussi mal que des coups de couteau.


Au début de mon deuil, je ne pouvais pas entendre d’histoires de bébés, de grossesse ou d’accouchement. J’évitais toute situation où ce type de conversation pouvait surgir.


Est-ce que je ressentais de la jalousie ?


Une envie de vivre ce que les autres vivaient ?


Avec les années, constatant que ce malaise était toujours aussi présent, j’ai compris que c’était autre chose. C’est une réaction de mon corps. Une cicatrice qui fait encore mal quand on la frôle, même doucement.


Après avoir vécu la grossesse de mon bébé arc-en-ciel, je suis encore surprise par la montée de pression que je ressens lorsque j’entends des discussions sur la grossesse, l’accouchement, la maternité. Je me souviens être assise au travail, entendant ma collègue discuter avec une cliente qui parle de la grossesse de sa fille. Plus la conversation avançait, plus mon anxiété montait. L’envie de fuir devenait de plus en plus forte, comme si mon corps percevait une menace invisible.


Quelques semaines passées, nous recevions des amis à la maison. Nous étions quatre mamans. La discussion s’est naturellement tournée vers nos grossesses. Je racontais comment j’avais accouché de mon bébé arc-en-ciel au début de la pandémie. Le sujet a continué… jusqu’à ce que j’atteigne le trop-plein.



Soudainement, une des mamans a dit :« L’accouchement, c’est dur et douloureux, mais on oublie tout quand on a notre cadeau dans les bras. »


Ces mots, je les avais déjà entendus. Lors de mes cours prénataux, pendant la grossesse de mon premier fils. Celui que je n’ai jamais ramené à la maison.


Ces personnes connaissaient pourtant mon vécu. À l’intérieur, j’étais outrée, en crise. J’avais envie de crier tout haut.


Oui, j’ai accouché.

J’ai eu des contractions.

J’ai poussé, encore et encore.

J'ai déchiré.

Oui, j’ai tenu mon bébé dans mes bras…

Mais mon bébé n’a jamais pleuré.

Mon bébé n’a jamais serré mes doigts dans ses petites mains.

Et mon bébé, j’ai dû le laisser derrière moi.


Les gens ne disent pas ces choses pour faire mal. Ils n’ont simplement pas vécu ce genre d’épreuve — celle qui nous apprend à réfléchir à nos mots, à notre public, avant de parler.


Même si, sur le moment, je me sens attaquée, poignardée… ce ne sont pas les gens que je combats. C’est une douleur ancienne qui demande encore de la douceur.


C’est quand même un aspect du deuil périnatal qui me fait me sentir seule, incomprise, problématique. Comme si j’étais difficile. Comme si, autour de moi, il fallait marcher sur des œufs lorsqu’on aborde ce sujet. Pourtant, tout cela, encore dix ans plus tard, je le vis en silence — dans ma tête et dans mon cœur.


À quoi peut ressembler une réaction à un trigger?


Une réaction à un trigger peut arriver sans avertissement. Même lorsque tout semble aller bien.


Cela peut ressembler à :


  • une montée soudaine d’anxiété ou d’oppression

  • le cœur qui s’accélère

  • une boule dans la gorge ou dans la poitrine

  • une envie urgente de fuir ou de se retirer

  • des larmes incontrôlables

  • de la colère, de l’irritabilité

  • une sensation de figement ou de déconnexion

  • une fatigue émotionnelle intense après coup


Souvent, la tête comprend ce qui se passe…mais le corps réagit avant elle.


Ce type de réaction ne signifie pas que le deuil est « mal fait » ou qu’on régresse. Il s’agit d’une réponse de protection d’un corps qui a vécu une perte profonde.


Astuces pour traverser un trigger avec plus de douceur


Il n’existe pas de solution magique, mais certains gestes peuvent aider à se sentir un peu plus en sécurité.


Sur le moment

  • Se permettre de quitter la situation si possible.

  • Respirer lentement, en allongeant l’expiration.

  • Poser les pieds au sol et nommer mentalement ce que l’on voit autour.

  • Se rappeler : « Je suis en sécurité maintenant ».


Après coup

  • Accueillir la réaction sans jugement.

  • Mettre des mots sur ce qui a déclenché le malaise.

  • Se reposer : un trigger est épuisant pour le corps.

  • Écrire, parler ou pleurer si le besoin est là.


À plus long terme

  • Identifier ses triggers personnels.

  • Se donner le droit de poser des limites.

  • Préparer des phrases de sortie pour certaines situations.

  • S’entourer de personnes ou de ressources qui comprennent le deuil périnatal.


Apprendre à reconnaître ses triggers n’est pas une faiblesse.C’est une façon de prendre soin de soi, avec respect et compassion.


Chez AEDAN, on croit que chaque réaction a une raison d’exister.



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