L’état de choc après une perte traumatique
- Lune

- 21 févr.
- 3 min de lecture
J’ai toujours décrit mon état de choc comme si j’avais eu un accident et subi un whiplash.
Un impact soudain. Invisible. Mais violent.
Je ne voyais pas plus loin que cinq minutes devant moi. Le futur n’existait plus. Il n’y avait que l’instant présent… et encore.
Mon cerveau me donnait du répit par petites doses. Des moments de lucidité apparaissaient brièvement, puis disparaissaient. Comme une médication à libération lente. Juste assez de conscience pour ne pas sombrer complètement. Juste assez pour ressentir… puis être anesthésiée de nouveau.
C’était comme si mon esprit dosait la réalité. Trop d’un coup m’aurait brisée. Alors il me la servait en fragments.
À chaque quelque temps, je me répétais consciemment :« Il n’est pas là. » Comme si je devais me réapprendre la réalité. Comme si mon cerveau refusait encore d’intégrer l’impact.
Je vivais en mode survie.
Respirer.
Passer les prochaines minutes.
Pendant les six premiers mois, cet état était intense. Puis, tranquillement, presque imperceptiblement, l’intensité s’est atténuée. Le brouillard ne s’est pas levé d’un coup. Il s’est éclairci par moments. Les cinq minutes sont devenues dix. Puis une heure. Puis parfois une journée complète où je pouvais entrevoir un peu plus loin.
Le choc a débuté en septembre 2016, et ce n’est qu’en juillet 2018 que j’en suis véritablement sortie.
Avec le recul, je comprends que ce n’était pas une faiblesse. C’était une protection. Mon système nerveux faisait exactement ce qu’il devait faire : me garder en vie, le temps que l’impact cesse de résonner.

Qu’est-ce que l’état de choc ?
L’état de choc après un événement traumatique n’est pas le même que le choc médical. Il s’agit plutôt d’une réaction normale du cerveau et du corps face à une perte soudaine ou à un traumatisme intense.
On peut ressentir :
Un engourdissement émotionnel : comme si les émotions étaient suspendues ou atténuées.
De la confusion ou de la désorientation : difficulté à penser clairement ou à prendre des décisions.
Un sentiment d’irréalité : l’impression que l’événement n’est pas réel ou qu’il arrive « à quelqu’un d’autre ».
Des réactions physiques : palpitations, tremblements, sueurs, sensation de vide dans l’estomac.
Ces réactions sont des mécanismes naturels de protection. Elles permettent de « digérer » l’événement progressivement, sans être submergé d’un seul coup.
Pourquoi cela arrive-t-il ?
Lors d’une perte brutale, le cerveau libère des hormones de stress comme le cortisol et l’adrénaline. Ces substances déclenchent une réaction de survie qui peut se manifester par :
La dissociation, pour créer une distance temporaire face à la douleur.
La perte de repères, car le cerveau tente de traiter l’événement tout en évitant une surcharge émotionnelle.
L’hypervigilance ou la peur, qui prépare le corps à réagir à de nouvelles menaces.
Comment traverser l’état de choc
Accepter ses réactions
Il n’y a pas de « bonne » façon de réagir. Les émotions et sensations physiques font partie du processus normal de deuil.
Chercher du soutien
Parler à des proches, à des amis ou à un professionnel peut aider à mettre des mots sur ce qui est vécu.
Prendre soin de son corps
Dormir, s’alimenter correctement et bouger un peu chaque jour. Le corps a besoin de soutien pour traiter le stress.
Être patient avec soi-même
Le retour à un état émotionnel plus stable peut prendre du temps. Chaque personne vit le deuil à son rythme.
Quand demander de l’aide professionnelle
Si l’état de choc persiste plusieurs semaines, entraîne un isolement important ou des comportements à risque, il est important de consulter un psychologue, un travailleur social ou un médecin.
L’accompagnement peut inclure une thérapie individuelle, un groupe de soutien ou, dans certains cas, une prise en charge médicale pour aider à gérer l’anxiété ou la dépression.
L’état de choc après une perte traumatique est une réaction profondément humaine. On ne choisit pas d’y entrer, et on ne peut pas en sortir sur commande. Mais on peut apprendre à le comprendre, à l’accueillir, et à se laisser accompagner jusqu’à ce que le brouillard se dissipe doucement.
Chez AEDAN, nous croyons que personne ne devrait traverser un choc ou un deuil seul. Mettre des mots sur ce que l’on vit est déjà un premier pas vers la lumière. Et parfois, ce premier pas change tout.



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